Tuer son personnageLecture en 15 minutes


Ecriture, Vie d'auteur / lundi, octobre 1st, 2018

Tuer son personnage peut être vu comme un passe-temps chez certains auteurs et provoque de terribles réactions chez les lecteurs. Tuer un personnage de son histoire peut avoir de nombreux but : servir l’intrigue, révéler des personnalités ou encore, défouler l’auteur (oui, oui, l’écriture est un défouloir). Ce questionnaire nous permettra de comprendre pourquoi tuer son personnage, ce que ça implique chez l’auteur et dans l’histoire !

Vous avez été 55 personnes à répondre au questionnaire, je vous remercie pour ce soutien et vos réponses toujours plus intéressantes ! Et oui, l’article est un peu long, j’espère que vous ne décrocherez pas ♥

Auteurs = meurtriers ?

Comme toujours, la première question était là pour diriger le questionnaire dans une direction ou une autre : avez-vous déjà tué un ou plusieurs de vos personnages ? Et c’est un oui à 90.9% ! 90% des auteurs participants ont déjà tué un personnage. Cela en dit long sur les auteurs, non ?

Bien sûr, il y a toujours des raisons pour commettre un tel acte fictif, et c’est justement le sujet de la question suivante.

Les causes de la mort

Pour 82% des personnes, les personnages qui meurent au cours du récit sont destinés à mourir depuis le début. A ex-aequo, nous retrouvons l’argument suivant : la mort provoque un élément perturbateur important pour le personnage principal. Cet aspect de l’histoire permet un plus grand “réalisme, un engagement émotionnel du lecteur, une valeur au déroulé de l’histoire”.

En troisième position, les auteurs avouent simplement vouloir se débarrasser d’un personnage soit parce qu’il ne leur plaisait pas, soit parce qu’il était inutile dans l’histoire. Et oui, la mort est une bonne façon de faire disparaître quelqu’un pour toujours !

Mais plus que de se débarrasser d’un personnage nuisible, comme je l’ai abordé en introduction, les auteurs écrivent pour se défouler. Et certains nous révèlent donc tuer un personnage pour, simplement, tuer et torturer des personnages. L’écriture est un exercice très fort, nous faisons passer dans nos mots des émotions, des ressentis de nos vies quotidiennes et quand la journée a été difficile, quoi de mieux que de passer ses nerfs sur des personnages fictifs (en imaginant que ce sont nos détracteurs réels, bien sûr !)

Une autre cause, qui rejoint celle précédemment abordée, c’est de vouloir torturer ses lecteurs ! Ainsi, celui qui lit cette mort tragique et les répercussions vit l’histoire et s’y attache donc. Nous jouons sur l’émotion, sur une corde sensible qui devrait, à priori, marquer le lecteur qui se souviendra de l’histoire ou du moins, de cette scène.

Selon le but recherché par l’auteur, la mort d’un personnage peut terminer le récit de façon tragique. Cela change des habituels happy endings et va, en jouant là aussi sur les émotions, laisser une trace dans l’esprit du lecteur. De plus, “il ne faut pas faire mourir que les “méchants” dans l’histoire, sinon le lecteur finit par se lasser”. Et cela se vérifie : les histoires dans lesquelles les héros meurent sont monnaie courantes à présent, notamment avec la série Game of Thrones : impossible de s’attacher aux personnages principaux sans qu’ils se fassent tuer deux épisodes plus tard.

La mort d’un personnage, qu’il soit principal, secondaire ou tertiaire, a toujours un but. Il reste rare de lire des histoires où la mort de personnages n’a pas de répercussions dans l’histoire, qu’elle sert l’intrigue ou qu’elle dévoile certaines personnalités, certains traits de caractères.

 

Les auteurs sont-ils vraiment sans coeur ?

Abordé ainsi, il est très facile d’arriver à la conclusion que les auteurs sont sans coeur, qu’ils aiment torturer leurs lecteurs et tuer leurs personnages, que ce sont des êtres diaboliques. Mais, ce n’est pas toujours le cas – je dis pas toujours car certains sont comme ça, j’en suis sûre !

La question suivante concernait donc les émotions que les auteurs éprouvent lorsqu’ils tuent un personnage. Et c’est grâce à cette question que je peux vous assurer qu’il existe deux types d’auteurs : ceux qui sont très tristes, ont du regret et pleurent ces personnages et ceux qui s’en foutent et même éprouvent un certain plaisir à les avoir tuer. En tous cas, pour 26 personnes sur 49, il est difficile d’écrire la mort des personnages.

 

Tristesse et regret

Pour la première catégorie de personnes, nous retrouvons beaucoup cette notion de regret. “Je ne ressens aucun plaisir sadique et il y a toujours une pointe de regret car j’aime mes personnages, quels qu’ils soient.” L’amour que l’auteur porte à ses personnages est assez indescriptible et donc, le tuer peut entraîner une profonde tristesse : “ce n’est pas un moment facile, mes personnages sont des amis, des enfants, des confidents, les tuer est un déchirement”, “j’étais affreusement triste, comme si une personne que je connaissais venait de mourir.” Ces auteurs, et j’en fais parti, sont dévastés et “porte un deuil, physiquement et émotionnellement”, ils s’en veulent car, comme le dit ce participant, “j’avais l’impression de le tuer de mes mains.”

“C’est étrange parce que je suis attaché à lui, mais c’est nécessaire”, explique un auteur. “Et je trouve que ce sont des scènes intéressantes à écrire émotionnellement parlant. Ça demande beaucoup de réflexions.” Et c’est vrai : tuer un personnage est souvent prémédité et même lorsque la scène n’est pas prévue, ça reste un réflexion sur toutes les conséquences que cela aura sur les autres personnages et sur l’intrigue.

Pour cet auteur, ses émotions étaient “fortes, à en pleurer” : “c’était une façon cathartique de transposer le décès de mon père dans l’histoire. Le décès de ce personnage était prévu depuis longtemps, mais j’ai décidé des circonstances au regard de ce qui était arrivé à mon père trois ans auparavant.”

Je vous partage le commentaire d’un participant qui m’a beaucoup plu et qui va peut-être vous parler : “C’est une expérience enrichissante malgré tout. Lors de l’écriture de la mort d’un de mes personnages j’en ai été tellement bouleversée que ça m’a permise d’aborder avec ma mère le sujet : que faire si jamais elle disparaît. C’est dingue dit comme ça mais c’était un sujet tabou pour moi et difficilement abordable. Ça a été libérateur à dire vrai. Et puis surtout ça m’a permise de savoir si j’en étais capable.”

 

Satisfaction et soulagement

Pour d’autres auteurs, c’est une satisfaction et un soulagement de tuer un personnage, qu’il soit antagoniste ou protagoniste. Ils éprouvent “la satisfaction d’arriver à un moment clé de l’histoire”, “d’être arrivée à mon objectif original” lorsque la scène est prévue de longue date.

Souvent, cette certaine satisfaction est présente lors de la mort du méchant de l’histoire : “Il dépend du personnage. Quand c’est un méchant, c’est question de soulagement pour les gentils. Quand il s’agit d’un gentil… je suis presque dans l’obligation de me sentir mal avant pour mieux retransmettre les émotions difficiles perçues par les personnages fictifs.

 

L’importance du contexte

Dans tous les cas, cela dépend également beaucoup du contexte et du personnage qui trépasse, comme l’explique très bien ce participant : “Tout va dépendre de l’attachement que j’éprouve envers le personnage. S’il s’agit d’un antagoniste, je le vivrai comme une libération. Je souffre en même temps que mes héros tourmentés et de voir enfin le mal éradiqué d’une façon ou d’une autre revient à me libérer d’un poids que je traine pendant des mois voire des années. J’avoue avoir poussé un cri de joie ou avoir eu un rire nerveux lors du point final de la vie fictive de cet antagoniste. Quand il s’agit d’un allié, je suis souvent tout aussi perturbée que mon personnage. Certains personnages ne sont pas destinés à mourir mais je décide parfois au dernier moment de changer leur destin. C’est perturbant parce que c’est un peu une part de moi. Je suis triste oui mais pas déprimée comme pourraient l’être mes héros. Parfois c’est déchirant et un personnage et sa mort ont même réussi à me faire pleurer.”

“Cela dépend du contexte. Triste empathiquement si je l’appréciai. Soulagée s’il s’agissait juste de se libérer du poids que représentait le personnage dans l’écriture.” Car oui, comme je l’ai précédemment abordé, un personnage peut être un vrai poids dans un récit pour un auteur.

 

Le rôle du personnage

En plus du contexte variable, il y a également une histoire de point de vue des personnages, comme l’explique cet auteur : “Tout dépend du PDV de quel personnage j’écris ou ce que je veux faire ressentir aux lecteurs. Parfois, je m’éloigne du sentier classique de la douleur et de la perte. Pour certains, une toute autre nuance a été nécessaire à décrire, surtout lorsque plein de personnages ont des avis différents sur le défunt.”

Un autre auteur parle également de l’importance de ce contexte et du rôle du personnage : “Tout dépend de sa mort et de comment les autres perso réagissent… Ce n’est pas la même chose de tuer un antagoniste secondaire que de tuer le père de son héroïne… Mais généralement, je retrouve un sentiment de contentement car d’une certaine manière, ça veut dire que ce personnage a rempli son rôle. La fin d’un personnage (mort ou non) est en quelque sorte l’apogée de ce personnage.”

“Cela dépend si le personnage m’est sympathique ou non. Si je ne l’aime pas je peux carrément jubiler en écrivant sa mort alors que si c’est un personnage que j’aime je peux être submergée par l’émotion.” “Tout dépend du personnage, ceux qui meurent dès le début y était destinés et n’ont pas encore eu le temps d’exister pour moi alors il n’y a pas d’attachement, ceux qui étaient une entrave à mon intrigue ou n’apportaient finalement pas grand chose laissent un sentiment d’indifférence quand à leur mort également et enfin, c’est difficile pour ceux qui étaient vraiment important pour moi mais qui devaient mourir pour que l’intrigue comme le personnage évoluent (même si j’ai été tentée de revenir sur ma décision).”

Le rôle du personnage compte donc beaucoup également dans l’émotivité de l’auteur. La mort du personnage, comme j’ai dit un peu plus haut, peut avoir pour but de déclencher une intrigue ou même de déclencher quelque chose chez un ou plusieurs autres personnages. Cela peut donc amener des choses très intéressantes : si nous prenons l’exemple de Harry Potter dans le dernier tome de la saga éponyme, lorsqu’il va dans la Grande Salle et voit tous ces morts, cela le brise, il pense que tout est de sa faute avant que ça lui donne assez de force pour se sacrifier afin de sauver ceux qui sont en vie.

Comme le dit très bien cet auteur : “je suis extrêmement triste de devoir tuer un de mes personnages, surtout parce que j’ai pris énormément de temps à le créer, à lui donner un côté humain et à lui donner une personnalité. Il est donc difficile de devoir faire ses adieux, mais parfois il est nécessaire pour un personnage d’être tué. C’est comme ça aussi dans la vraie vie. Des personnes autour de soi meurent aussi et on peut ne rien y faire, malheureusement.” C’est donc aussi une façon de rendre le récit plus réaliste.

En général, le contexte et le rôle du personnage jouent beaucoup sur ce que ressentent les auteurs en tuant leurs personnages.”Je me mets souvent dans la peau de mes personnages afin de retranscrire au mieux leurs émotions et dans ce cas là, je me mets à la place de celui qui meurt ou de ses amis. Dans un cas comme dans l’autre, ce n’est jamais agréable car je ressens des émotions assez proches de leurs, même si elles sont plus ou moins simulées.” Ce commentaire est très intéressant et je pense que de nombreux auteurs sont également dans ce cas, essayent de se mettre le plus possible dans la peau du personnage afin que l’écriture soit plus réelles, les émotions plus vraies. C’est ce que je fais, personnellement.

 

La facilité de tuer un personnage

A la question : “Est-ce facile pour vous d’écrire la mort d’un de vos personnages ?”, 23 personnes sur 49 ont répondu que oui, c’était facile. Mais pourquoi ?

 

La préparation

Un élément qui est souvent revenu est celui de la préparation mentale à cet événement. “Quand je visualise ma ribambelle de personnage je sais déjà qui vas mourir ou non. Alors c’est facile car je me suis préparée à les tuer.” La mort du personne en question devient alors une “évidence et un moment de l’histoire repassés de nombreuses fois”. Nous ne sommes pas surpris par cette mort car c’est la “destinée du personnage” et lorsque ce dit personnage est “bien bâti” que sa “façon de réfléchir et de réagir” sont bien travaillées de longue date, alors “il est facile d’écrire sa mort” car nous savons quelles en seront les conséquences sur ses proches et sur l’intrigue.

 

Un élément important dans l’histoire

Comme j’ai pu déjà l’aborder, tuer un personnage peut être “nécessaire dans l’histoire” pour que “ça colle avec la situation”. “Il DOIT mourir”, dit un participant, parce que c’est sa destinée et que l’intrigue s’en portera mieux. De plus, pour certains auteurs, “ce n’est pas la mort en soi qui est difficile à écrire, mais l’impact sur les personnages survivants et leurs émotions à la suite de ce moment.” Cela amène de nouvelles choses dans le récit et va en déclencher d’autres.

 

Le caractère fictif de l’acte

Les personnages que nous inventons ne sont pas réels et s’en rappeler, même si on peut y être très attaché, nous permet une meilleur distanciation avec l’événement puisqu’ils ne sont que fictifs. Comme le souligne un participant, “c’est assez facile, surtout de nos jours”. Le quotidien peut nous rendre moins émotif : la mort fait parti de la vie et est un passage obligatoire.

 

Quid des Happy et Bad Ending ?

Le décès d’un personnage peut avoir une grande conséquence sur la fin d’un roman. Soit le roman se termine de façon positive, en happy ending, tout le monde est content, tout le monde est heureux. Soit, ça part plutôt sur du négatif, avec un bad ending, une fin malheureuse, notamment avec la mort du personnage principal.

Les auteurs préfèrent, malgré tout, les happy endings. Sur 51 réponses, 31 sont favorables à ces fins contre 20 qui préfèrent les bad endings.

Si en écriture, l’écart n’est pas si important, il l’est lorsque l’on parle de lecture. Les lecteurs préfèrent à 86% les fins heureuses aux fins malheureuses ! Les happy endings ont encore un long chemin devant elles. Peut-être que ce sujet pourrait faire un bon article, qu’en dites-vous ?

Il y a plusieurs écoles pour écrire et apprivoiser la mort d’un personnage, qu’il soit principal ou non. Ce qui est à retenir, c’est que ces morts sont là pour une bonne raison, qu’elles attisent l’émotion chez le lecteur ou qu’elles font avancer l’intrigue et révèlent une nouvelle facette d’un autre personnage.

Un dernier conseil ? “Ne laissez personne regarder par-dessus votre épaule pendant que vous écrivez la mort d’un personne que vous adorez. Cela m’est arrivé, mon personnage allait offrir sa vie en sacrifice, et une fille de ma fac a lu ça par-dessus mon épaule. Elle a fait le rapprochement avec le film Scooby-Doo, où Scooby-Doo justement doit être un sacrifice. Comment dire… Ça a totalement gâché mon inspiration pour la scène qui devait être hyper poignante.”

Merci de m’avoir lu et merci d’être toujours plus nombreux à participer !

Remerciements

Merci à Aislinn THB, Atelier Kuuran, Akaracthe, Dyrion Projet_Phantom, Mandarine, Lay, Célia, Trystan Wolff, Philippe Aurèle Leroux, L. Williams, Kate Lyna, Miss Mimbletohn, Celine Walkowiak, Manon, Mélany Bigot, Ashley Plateada, Captain_WhoLock, Raj, Crickett, Yael Summer, YacineAmaouche, Claire Billaud, Onir_Ynao, Margot Magguili, Laure, Lowell et à tous les autres auteurs anonymes qui ont pris le temps de répondre !

 

Pour aller plus loin

 

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